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Textes

Voilà que j’écris de nouveau sur elle,

Je parle des balcons

Et de ses conversations quotidiennes.

Voilà que je me souviens ce qu’elle

Me cachait,

Ce qu’elle gardait entre les pages

Des anthologies de tous les poètes maudits

Qui nous gâchaient consciencieusement

La vie.

« L’été dernier, disait-elle,

il est arrivé quelque chose à mon cœur.

Il a commencé à dériver comme un bateau

Dont l’équipe a été décimée

Par la fièvre.

Il bougeait au fond de ma respiration,

Emporté par le courant,

Attaqué par les requins.

Je lui disais :

Mon cœur, mon cœur, aucune voile ni aucune corde

Ne pourront t’aider.

Les constellations sont trop hautes

A s’en servir pour trouver son chemin.

Mon cœur, mon cœur,

Trop d’hommes

Ont rejoint tes équipes,

Trop nombreux ils étaient à descendre dans les ports britanniques,

En perdant leur âme

En larmes vertes d’alcool. »

Moi aussi

Je me souviens de ses cuisses, pour lesquelles j’étais prêt

A me battre jusqu’au sang,

Et je répète après elle :

Mon cœur, mon cœur,

Malade de fièvre,

Guéris vite,

Rétablis-toi,

Tant d’amour ardent nous attend encore,

Tant de merveilleuses tragédies

Sont cachées dans la mer ouverte aux quatre vents.


Mon cœur, mon cœur,

Je suis si heureux d’écouter

Tes battements

Semblables à un renard –

Attrapé

Mais non apprivoisé.

© Serhiy Jadan | Traduit par Iryna Dmytrychyn

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