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Si j’étais postier

Dans son quartier,

Si je savais où sont postées

Ses lettres recommandées,

Peut-être aurais-je mieux compris

Sa vie,

J’aurais su ce qui la fait bouger,

Qui l’oblige à chanter,

Qui la pousse à pleurer.


Les gens qui lisent les journaux,

Les gens aux cœurs chauds

Et aux âmes généreuses

Deviennent vieux

De manière silencieuse.

Si j’étais postier

Dans ce quartier,

Même après leur mort

J’aurais arrosé leurs fleurs

Sur les vieux balcons,

J’aurai nourri les chats sauvages

Dans les cuisines hors d’âge.


Pour qu’en dégringolant

L’escalier je puisse entendre :


Postier, Postier,

Tout mon bonheur

Loge dans ta sacoche

Ne le donne pas, Postier,

Aux laitiers et aux veuves d’acier.


Postier, Postier,

La mort n’existe pas,

Et il n’y a rien après la mort.


Il y a l’espoir,

Que tout sera

Comme on le voudra,

Et la certitude

Que tout s’est passé

Comme nous l’avons voulu.


Sa voix est amère

Et insatiable.

Son écriture est impossible

Et indéchiffrable.

Cette écriture est bonne

Pour signer les condamnations à mort –

Il n’y aura plus d’exécution,

Personne n’aura de soupçon.

© Serhiy Jadan | Traduit par Iryna Dmytrychyn

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