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Textes

Si longtemps sur les routes

que les pépins de pomme tombés entre les planches

du pont poussent dans l’humidité et la poussière.

La route c’est le temps perdu pour comprendre

notre détresse. Les arbres poussent

Sur les bateaux qui voguent sur les fleuves.

Et à l’automne, les bateaux

S’enfoncent dans la vase

Et demeurent entre l’eau et l’obscurité.


Que sais-tu des arbres ? Ils plongent leurs racines

Dans les cales des bateaux,

Atteignent les profondeurs sombres

Et les recoins où sont cachés

Le blé et les réserves d’eau potable.


Que doivent-ils faire maintenant

Sur les bateaux qui coulent doucement,

Chargés de feuilles et de branches ?

Lorsque tu penseras aux arbres,

Pense à tous ceux que tu as vus tout au long de ta vie,

Aux longues racines qui nous relient

A la vie. Lorsque tu réfléchis

Au sujet des pommes vertes,

Pense aussi à tous ceux

Qui ont travaillé sur cette rivière,

Tentant ne serait-ce qu’un instant

De retenir son cours.


La fin d’octobre.

Les femmes quittent la rive.

Le vent balaie de lourdes serviettes,

Tels les drapeaux des vainqueurs.


La terre se réchauffe et refroidit.

Et toi aussi, tu te réchauffes et te refroidis

Avec elle.

© Serhiy Jadan | Traduit par Iryna Dmytrychyn

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